Lits de Fortune pour ces Enfants de Refugiés Oubliés de Tous

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Toute personne – peu importe qui l’on est et où l’on vit – doit être traitée avec respect et dignité : cette dernière a des droits ‘inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés’ que l’on appelle universels et opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir.

Aux portes de l’Europe

Alors que vendredi dernier avait lieu à Paris une vague d’attentats meurtriers, Mamie Danielle rappelait avec sagesse venant rendre hommage aux victimes du Bataclan que c’est unis que nous mettrons hors d’état de nuire les barbares terroristes. Les médias du monde entier quant à eux tournaient leurs caméras et stylos vers Paris tandis que les bombes, elles, continuaient de frapper inlassablement des innocents à Beyrouth, en Syrie, en Irak, en Afghanistan.

Certes les conflits comme celui qui touche la Syrie sont parfois complexes à appréhender pour notre monde occidental, n’est pas expert en géo-stratégie qui veut, mais ce qui reste facilement compréhensible par chacun d’entre nous – parents ou non – comme le rappelle fort à propos Magnus Wennman, photojournaliste originaire de Stockholm, est le fait qu’un enfant a besoin d’un endroit sûr pour pouvoir dormir en paix.

C’est très facile à comprendre. déclare Wennman lors d’une interview accordée à CNN. Ce journaliste primé vient de publier une série de photos que tout être humain voudrait ne plus jamais voir montrant ce qu’il arrive à ces enfants au Moyen Orient et aux portes de l’Europe lorsqu’ils fuient le conflit syrien. Pour réaliser ces images terribles qu’il a intitulées sobrement ‘Where Children Sleep’ / ‘Ces Endroits où les enfants dorment’, celui-ci a parcouru ces régions où les enfants et leurs familles fuient pour nous raconter leurs histoires. Vous pouvez suivre ce photographe sur son compte Instagram.

Lamar, 5 ans, Horgos, Serbie

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De retour dans la maison de Bagdad, les poupées, le train et la balle y sont restés ; Lamar en parle souvent dès que le mot maison est mentionné. Mais une bombe a tout changé. La famille allait faire des courses quand la bombe est tombée à côté de la maison. Il n’était plus possible d’y vivre, ajoute Sara, la grand-mère de Lamar. Après deux tentatives pour franchir la mer à partir de la Turquie dans un petit bateau en caoutchouc, ils ont réussi à parvenir jusqu’à la frontière fermée de Hongris. Aujourd’hui Lamar dort sur une couverture en pleine forêt, apeurée, transie et triste.

Abdullah, 5 ans, Belgrade, Serbie

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Abdullah a une maladie du sang. Depuis ces deux derniers jours, il dort à l’extérieur de la gare centrale de Belgrade. Il a vu sa soeur assassiner dans leur maison de Daraa. ‘Il est toujours sous le choc et a des cauchemars toutes les nuits’ raconte sa mère. Abdullah est fatigué et n’est pas en bonne santé mais sa mère n’a pas assez d’argent pour lui acheter des médicaments.

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Ahmed, 6 ans, Horgos, Serbie

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Il était minuit passé lorsque Ahmed a fini par tomber de sommeil dans l’herbe. Les adultes sont toujours là assis, établissant des plans pour savoir comment ils vont sortir de Hongrie sans devoir passer par les autorités. Ahmed a 6 ans et porte son propre sac comme tout au long de la route que sa famille a parcouru à pied. ‘Il est courageux et pleure seulement parfois la nuit.’ raconte son oncle qui veille sur Ahmed depuis que son père a été tué dans leur ville de Deir ez-Zor au nord de la Syrie.

Maram, 8 ans, Amman

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Maram âgée de 8 ans venait juste de rentrer de l’école quand la bombe a touché sa maison. Un projectile lui a heurté sa tête. Sa mère l’a emmenée à un hopital de campagne et de là elle a été transportée à la frontière de la Jordanie par avion. Le traumatisme à la tête lui a provoqué une hémorragie au cerveau. Les premiers 11 jours, Maram est restée dans le coma. Elle est maintenant consciente mais a  la mâchoire cassée et ne peut pas parler.

Ralia 7 ans et Rahaf 13 ans, Beyrouth

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Ralia et Rahaf vivent dans les rues de Beyrouth. Ils sont originaires de Damas où une grenade a tué leur mère et leur frère. Avec leur père ils dorment ainsi à la dure depuis un an. Ils se blotissent l’un contre l’autre sur leurs cartons. Rahaf dit qu’elle a peur des méchants garçons, Ralia commence alors à pleurer.

Moyad, 5 ans, Amman

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Moyad et sa mère avaient besoin de farine pour confectionner une tarte aux épinards. Main dans la main ils se dirigeaient vers le marché à Dar’a. Ils sont passés à côté d’un taxi où quelqu’un avait mis une bombe. Sa mère est morte sur le coup. Le garçon fut transporté par avion en Jordanie, il a des éclats d’obus dans la tête, le dos et au niveau du bassin.

Walaa, 5 ans, Dar-El-Ias

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Walaa veut rentrer à la maison. A Alep elle avait sa chambre. Là-bas elle ne pleurait jamais au moment de se coucher. Ici dans le camp de réfugiés, elle pleure chaque nuit. Poser la tête sur l’oreiller est horrible, explique-t’elle, car la nuit c’est horrible. C’était quand les attaques ont eu lieu. Le jour, sa mère lui construit souvent une petite maison faite de coussins pour lui montrer qu’il n’y a pas de raisons d’avoir peur.

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Ahmad, 7 ans, Horgos/ Roszke

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Même le sommeil n’est pas une zone libre, c’est alors que la terreur recommence. Ahmad était à la maison lorsque la bombe a touché sa famille à Idlib. Des éclats d’obus l’ont atteint à la tête mais il a survécu. Son jeune frère, non. La famille a vécu avec la guerre comme leurs plus proches voisins pendant plusieurs années mais sans maison, il n’avait plus le choix. Ils étaient obligés de fuir. Maintenant Ahmad est allongé avec des milliers d’autres réfugiés sur l’asphalte le long de l’autoroute menant à la frontière fermée de Hongrie. C’est le 16e jour de leur fuite. La famille a dormi sous les abribus, sur la route et dans la forêt, explique le père d’Ahmad.

Shiraz, 9 ans, Suruc / Turquie

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Shiraz était âgée de 3 mois quand elle a été prise d’une fièvre sévère. Le médecin diagnostique la polio et conseille aux parents de ne pas dépenser trop d’argent en médicaments pour celle qui ‘n’a aucune chance.’ Puis la guerre est arrivée. Sa mère, Leila, commence à pleurer quand elle décrit la manière dont elle a enveloppé sa fille dans une couverture et l’a portée de Kobane jusqu’à la frontière turque. Shiraz qui ne peut pas parler a recu un berceau en bois dans le camp de réfugiés et depuis elle y reste jour et nuit.

Shehd, 7 ans,

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Shehd adore dessiner mais depuis peu tous ses dessins ont le même thème, les armes. ‘Elle les a vues tout le temps, elles sont partout.’ explique sa mère quand la petite fille dort sur le sol le long de la frontière fermée de Hongrie. Maintenant elle ne dessine plus du tout. La famille dans sa fuite n’a emporté ni papier ni crayons. Shehd ne joue plus non plus. Fuir a contraint les enfants à devenir des adultes et à se préoccuper de ce qui va se passer par exemple dans une heure ou un jour. La famille a eu des difficultés à trouver de la nourriture lors de son errance. Certains jours ils ont du faire avec des pommes qu’ils ramassaient sur les arbres le long de la route. Si la famille avait su combien difficile serait ce périple, elle aurait choisi de continuer à risquer sa vie en Syrie

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Amir, 20 mois, Zahle Fayda

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Amir, 20 mois, est né réfugié. Sa mère croit que son fils a été traumatisé dans l’utérus. ‘Amir n’a jamais prononcé un mot’, dit Shahana, 32 ans. Sous la tente en plastique où la famille vit maintenant, Amir n’a pas de jouets mais il joue avec tout ce qu’il peut trouver sur le sol. ‘Il rit beaucoup, même si il ne parle pas,’ ajoute sa mère.

Juliana, 2 ans, Horgos, Serbie

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La température est de 34 °C. Les mouches sur le visage de Juliana sont chassées par celle-ci avec peine alors qu’elle dort. Sa famille marche à travers la Serbie depuis deux jours. C’est la dernière étape d’une fuite qui a débuté il y a trois mois. Sa mère pose son foulard sur sa fille allongée sur le sol. Juliana se calme. A quelques mètres de leur lieu de repos, un flot ininterrompu de personnes afflue. Nous sommes fin août et la Hongrie doit se barricader avec des fils barbelés pour endiguer cet afflux. Mais pendant encore quelques jours il est possible de traverser la ville de Horgos à la frontière. Dès que le soir arrivera, la famille de Juliana ira, elle aussi.

Fara, 2 ans, Azraq

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Fara adore le foot. Son père lui confectionne des balles avec tout ce qu’il trouve mais elles ne durent pas longtemps. Chaque nuit, il souhaite bonne nuit à Fara et à sa grande soeur Tisam, 9 ans, dans l’espoir que demain leur apportera un vrai ballon pour jouer avec. Tous les autres rêves semblent être hors d’atteinte mais celui-là il est décidé à ne pas l’abandonner.

Loin des récits médiatiques et des promesses étatiques…

Via : (h/t aftonbladet / cnn © Images : Magnus Wennman

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