En 2026, Lacoste fait évoluer son logo crocodile et son identité visuelle en remontant le temps plutôt qu’en la réinventant de zéro. Loin de la tendance minimaliste qui a fait souffrir tant de maisons centenaires, la marque parisienne choisit de puiser dans ses archives pour affirmer ce qui la rend unique depuis 1933. Une démarche qui la place dans le sillage de Burberry et Rolls-Royce, qui ont elles aussi compris que l’héritage vaut mieux qu’un logo interchangeable.
Logo Lacoste, Burberry, Rolls-Royce, le retour aux Sources
Les marques centenaires semblent enfin réaliser qu’effacer leur histoire pour plaire aux algorithmes n’était peut-être pas la meilleure idée. Après des années de logos sans-serif interchangeables et de minimalisme agressif, un vent de lucidité souffle sur le luxe. Lacoste vient de rejoindre ce mouvement de fond en déployant une évolution visuelle qui puise directement dans ses archives, sans chercher à déconstruire ce qui fait son âme.
Quand les sérifs remplacent le blanding
Le changement le plus visible touche la typographie. Lacoste réintroduit des caractères à empattements, ces petites pattes typographiques déjà présentes dans les expressions anciennes de la marque. Dessinée sur mesure avec Commission Studio — la même agence qui travaille avec Fenty et Rimowa —, la nouvelle police joue sur les proportions et les espacements avec une précision qui rappelle l’artisanat d’antan. Il en résulte une signature plus affirmée sur les sacs, les enseignes et les packaging.
Cette démarche n’est pas isolée puisqu’en 2023, Burberry opérait un virage similaire sous l’impulsion de Daniel Lee. Après avoir abandonné son célèbre cavalier en 2018 pour un logo sans-serif conçu par Peter Saville, la maison britannique a fait machine arrière. Le cavalier équestre, symbole utilisé depuis 1901, est réapparu aux côtés d’un logotype en sérif directement inspiré des archives. Peter Saville lui-même a qualifié ce revirement rapide de « totalement irresponsable », arguant que « la notion de continuité est fondamentale pour ce que nous identifions comme les marchés du luxe » .
Le Crocodile retrouve ses couleurs d’origine
Chez Lacoste, l’emblématique Crocodile n’a pas été redessiné, mais rééquilibré. Il gagne en présence lorsqu’il apparaît seul, et sa langue rouge — détail présent depuis les origines sur le dessin de Robert George — devient plus visible. Un clin d’œil à l’esprit décalé de René Lacoste, qui avait choisi ce surnom après un pari gagné sur un sac en peau de crocodile. Le vert iconique a également été recalibré pour retrouver l’intensité de sa teinte originelle.
Cette approche rappelle celle de Rolls-Royce, qui a récemment modernisé son identité sans jamais toucher au monogramme RR, jugé « trop sacré pour être modifié ». La marque automobile a préféré affiner son Spirit of Ecstasy et réintroduire un violet royal en référence à l’Art Déco des années 1930, prouvant qu’on peut regarder vers l’avant sans renier son passé.
Une palette qui raconte une histoire
Derrière les couleurs de Lacoste se cache une géographie sportive précise. Le clay évoque les courts de terre battue, terrain de prédilection de René Lacoste. Le farine, ce blanc cassé presque oublié, rend hommage à la teinte de son premier blazer. Ces choix structurent un univers visuel cohérent qui traverse les collections, les boutiques et même les cafés de la marque, où l’écriture manuscrite du fondateur apparaît désormais.
La fin du minimalisme destructeur ?
Lacoste, Burberry, Dior sous Jonathan Anderson, Saint Laurent en 2022 : les maisons qui comptent abandonnent une par une le « blanding » de 2018. Cette vague de minimalisme avait produit des Logo OM 2026 – le Marketing a-t-il Détruit l’Identité du Club Marseillais ?, optimisés pour les écrans mais vidés de leur sens. Comme le note l’analyste Matteo, « quand chaque logo se ressemble, aucun ne peut signaler le discernement ou la rareté ». Chanel et Hermès, qui n’ont jamais cédé à la tendance, en tirent aujourd’hui un avantage certain.
Avec 1 100 points de vente dans 98 pays et un objectif de 4 milliards d’euros d’ici 2028-2030, Lacoste ne peut se permettre une refonte anecdotique . Cette évolution visuelle, déployée progressivement, prouve qu’il est possible de moderniser son image sans renier son passé. En réinterprétant ses propres codes avec une exigence contemporaine, la Maison française offre une leçon simple : dans le luxe, l’authenticité reste le meilleur antidote à l’uniformisation.
Honorer ses racines, c’est affirmer son identité !
© Images : Lacoste
